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Les Ombres de l'homme by ~malkzern:iconmalkzern:



« Les Ombres de l'homme »

« Tac… tac… tac… » : les aiguilles d’une pendule quelconque décomptent les secondes dans cette pièce qui s’assombre. L’homme, assis sur sa chaise, regarde l’écran de son ordinateur portable posé sur le bureau. La fumée de son cigarillo, placé dans le cendrier,  plane dans l’air, et la respiration rauque de la seule âme qui vive en ces lieux accompagne le bruit régulier, bien que le souffle de l’homme ne soit pas en rythme avec le décompte.
Il détourne le regard, qui se pose sur son ombre. Les dernières lumières s’estompent, et l’image de l’individu se fond avec l’obscurité des ténèbres naissantes. Bizarrement il n’a pas entendu les aiguilles durant ce moment. La pièce s’est rafraichie, l’homme se lève afin de prendre sa surchemise et l’enfile, sans la boutonner. Il revient s’asseoir, plongeant sa tête entre ses mains, alors que ses coudes reposent sur le bureau. Après quelques instants, il se met à appuyer sur une des touches du clavier, faisant défiler des images à l’écran. Il reprend son clou de cercueil et il tire une bouffée d’amertume de ce dernier. Continuant à regarder les photos sur l’ordinateur, continuant de cancériser ses poumons, l’homme semble devenir de plus en plus fatigué, une fatigue nerveuse. Ayant décidé d’arrêter de visionner les clichés, il revient sur le fichier, il se lève, fumant encore une dernière fois jusqu’à la base son petit cigare. Il va à la cuisine, prend la bouteille d’alcool dont le bouchon traîne à nouveau sur la table, et en verse dans le verre placé près du bord. Il en boit une lampée, frissonne, et colle le récipient froid contre sa tête.
Puis d’un coup, il se met à hurler « POURQUOI !!! » au plafond. L’homme tourne et retourne dans la pièce, tout en parlant à voix haute  « pourquoi… pourquoi… ».

Il commence à se dire que c’était une mauvaise idée que de venir dans ce lieu. Une triste pensée que de s’être dit : « j’y vais, et verrai ». Lorsqu’il était arrivé face à la bâtisse, il n’avait ressentit aucun frisson, juste une excitation. Une envie qui l’a poussé à entrer en cette sombre demeure. Le beau jardin devant a dépéri ces derniers jours. Les couleurs vive des pièces, comme frappées par un déluge, ont entrepris de dégouliner le long des murs, jusqu’à ce qu’ils deviennent gris, gris mouillé. Mais dans l’air, aucune odeur d’humidité. Une semaine qu’il était locataire de la maison, une semaine que la décrépitude avait investit ces lieux.

Il repose au centre de la table le verre vide, et rebouche la bouteille, comme si cela servait. Il revient dans la pièce précédente. Il s’assoit sur le lit, et regarde le sol. Il faut qu’il réfléchisse, il est fatigué c’est tout, et l’alcool lui joue en plus des tours. Le son des aiguilles continuant de couper le silence, il tente d’allumer le radio réveil posé sur le chevet de nuit, à coté d’un bouquin de Mr. Hank, « Moody Moon ». La chanson qui éclot est un titre d’un illustre chanteur des années 60-70, « Saved », en plein milieu. Mais le son se détend, s’essouffle comme si l’électricité ne semblait pas arriver jusqu’à l’appareil. Le bruit des piques de l’horloge se fait alors en chœur et l’homme porte ses mains à sa tête, tentant de bloquer le son. Mais faiblement il arrive à passer. Cette sonorité incessante qu’il trouvait autrefois reposante.
Il observe alors la pendule. Cette dernière est une imitation des belles antiquités. Une reproduction moderne, électronique. Il se lève, s’approche malgré l’effort d’entendre plus fort le tempo, et cherche l’alimentation de l’horloge. Il trouve un fil, le saisit et sa main glisse jusqu’à la prise. Il débranche celle-ci et souffle. Mais le décompte se poursuit. Le son lui parvient, il se relève brusquement et observe l’instrument. L’aiguille de secondes continue de compter. Il aurait du le prévoir. Dans un accès de colère désespéré, il attrape l’appareil et le tire à terre, prend la chaise et cogne avec dessus. A force le repose fesse casse, il laisse tomber le dossier, et écrase de ses pieds les restes. Une fois son geste terminé, il réalise que le son continu de lui parvenir aux oreilles. Il se penche, fouille les débris, tout est détruit, c’est impossible. Incapable de réfléchir au départ, il s’aperçoit que le son est comme estompé, mais pourtant présent et entendue. Est-ce sa mémoire qui, habitué au décompte régulier, a pris le relais ? Il sait qu’il n’est pas fou.

On lui avait dit qu’il allait être tranquille, lui qui recherchait le calme. La bâtisse, au cœur d’une forêt, abritait d’autres chambres d’hôte, qui n’étaient pas utilisées pour le moment. Et quand bien même ces dernières le seraient, on lui avait dit que cela serait par « des amis ». Fondée il y a des lustres par un juge de la contrée, le juge Carpenter, la maison avait été son ultime demeure. Sa tombe diront certains, du fait que ces cendres aient été réparties dans le jardin. Mais avant son décès, le juge, seul et sans enfant, avait formulé le souhait que la bâtisse serve de lieu d’hôte pour les étudiants du lycée qu’il y avait à l’époque non loin. Ainsi lui qui n’avait jamais eu de descendance avait commencé de son vivant les modifications internes à son pavillon afin de pouvoir y accueillir autrui, et a donc eu sous son toit des jeunes qu’il considérait comme ses fils.

L’écran de veille de l’ordinateur portable vient de s’enclencher. L’homme se retourne et regarde la sorte de diaporama qui défile. Ce n’est pas le texte habituel, mais des images, des photographies différentes que celle qu’il a vu il y a moins d’une demi-heure. D’autres plus marquantes. Une sombre musique les accompagne, et il remarque que tous les clichés portent le même nom pour le photographe : Aika. Un frisson lui parcoure alors l’échine et plus la mélodie se fait fort, plus le frémissement se renforce, il s’avance d’un pas vers le bureau et referme brusquement l’ordinateur portable. Le son s’entend pendant une seconde puis s’éteint. Le bruit d’une pendule résonne à nouveau. Ce n’est pas sa mémoire, pas sa conscience fatigué qui lui joue un tour. Il y a une autre horloge quelque part dans la maison. Une qui n’était jamais arrivée à ses oreilles jusqu’alors. Il se retourne, passe par la cuisine où traîne encore la bouteille débouchée au trois-quarts vide sur la table, et renverse le verre posé près du bord. Ce dernier s’écrase au sol avec fracas. Il regarde les débris à terre, mais le son du décompte est plus fort, il veut le calme.
Il sort de sa cuisine, emprunte le couloir et arrive dans la salle principale, le salon de la maison contenant la longue table de bois au milieu, les chaises rentrées dessous, les divers meubles placés ci et là, quelques tableaux accrochés au mur, et un miroir. C’est la seule pièce qui lui est accessible hormis sa chambre, sa cuisine et sa salle de bain qui constituent ce qu’il appelle sa partie. Il essaie de se repérer au son. Il entre à l’intérieur, passant devant la glace. Il s’observe alors, ses traits fatigués, son air de déterré, sa chevelure en bataille et distingue sur le coup ses premiers cheveux blancs. Troublé de les avoir si jeune, il se dit que c’est un tour de son esprit, mais le bruit des aiguilles le font douter. Il continue sa recherche et sort de la salle de séjour.

Depuis midi de la journée d’aujourd’hui un cauchemar semblait avoir pris en location la bâtisse. Au moment de déjeuner il s’aperçut que ses conserves étaient toutes périmées. Pas le temps d’aller en acheter, il avait son travail à terminer. Il était venu ici pour être au calme et mener à terme ce projet, il devait le faire. Il se rassasia avec du pain rassis et revenu sur son ordinateur. En quatre heures il eut fini. « Le travail de ma vie » se dit-il alors. Tellement de jours, de semaines qu’il avait passé dessus. A présent il pouvait enfin se détendre. Il alla dans la salle d’eau et laissa couler un bain, réglant la température afin de l’avoir chaud. Il décida aussi de fêter ça. Il se rendit à la cuisine, sortit une bouteille d’alcool et un verre d’un meuble. Il but un coup, puis retourna à son bureau. Il remarqua que la pendule devait faire un bruit du tonnerre puisqu’il entendait le décompte des secondes malgré le son de la baignoire se remplissant. Il vérifia une dernière fois qu’il avait bel et bien terminée et s’en alla se baigner. Il s’aperçut en rentrant dans la flotte que celle-ci était froide. Le tuyau d’eau chaude avait du lâcher, se dit-il, et il était trop tard pour appeler un plombier, si toutefois il parvenait à obtenir un réseau.
Après s’être séché et rhabillé, il voulut faire une sauvegarde. Il sortit un cd vierge et au moment de le mettre dans son graveur, il remarqua que ce dernier était rayé. Une coupure de courant se fit alors, et lorsque l’ordinateur fut rallumé, il s’aperçut que son travail avait disparu, et que ses précédentes copies ne fonctionnaient plus.

L’homme commence à monter l’escalier, boutonnant sa surchemise. Il est persuadé qu’une autre horloge se trouve à l’étage. Il se dit aussi que cela ne va servir à rien, il a déjà visité la bâtisse et hormis le salon et sa partie, tout est fermé à clé. Une fois en haut il colle sa tête contre un mur. Il s’avance lentement puis s’immobile. Il tend l’oreille pensant que le bruit provient de la pièce à coté. Soudain le carillon marque l’heure qui passe, l’homme sursaute, et s’éloigne du mur. Après quelques gongs la colère le reprend et il défonce d’un coup de pied la porte. L’intérieur de cette chambre d’hôte ne semble pas avoir été mis au goût du jour. Une couche de poussière fait office de nappe sur les tables, et les draps du lit sont semblables à des guenilles. Une pendule, ancienne elle, antique, fonctionne néanmoins toujours. Il attrape l’appareil et le jette à terre, prend une chaise situé non loin, et commence à cogner avec. Au premier choc elle se brise entre ses mains, un morceau de bois rentrant dans sa peau. Il retire ce dernier et écrase de plus belle de ses pieds l’horloge. Le bruit a disparu enfin. Le silence revient. Mais alors qu’il quitte cette partie de la maison le temps change.
La pluie commence à tomber. Heurtant les lourdes tuiles qui forment le toit, le bruit enveloppe la bâtisse. L’homme lève les yeux au ciel et redemande : « POURQUOI !!! ». Puis il réalise qu’il ne faut pas demander cela aux cieux, mais à la demeure. Il observe alors les parois grises, remarque une fuite au plafond, l’eau coulant le long d’un mur, et s’approche de celui-ci. Au fur et à mesure qu’elle s’écoule un tapis posé là perd de sa couleur, ce qui lui fait peur. Le tonnerre s’abat non loin, si près qu’une branche d’un arbre vint s’écraser sur une vitre. Un oiseau de nuit en profite pour s’engouffrer dans la villa, fonçant vers l’homme. Afin de l’éviter il se plaque dos à la porte d’une autre partie qu’il cherche à ouvrir et qui cède sans difficulté. L’animal se cogne contre le mur et tombe mort sur le sol.

Tandis qu’il buvait pour digérer le coup de la perte de son travail, il se rappela d’une veille sauvegarde sur sa clé USB, il fouilla alors les poches de son manteau, retrouvant deux cigarillos au fond de l’une d’elle. Lui qui avait arrêté, il était bien content d’en découvrir ne serait-ce qu’un et s’empressa d’en allumer. Il ne trouva pas sa clé, il avait du l’oublier. Pourtant il lui était difficile de penser qu’il n’avait pas vidé son imper depuis une semaine, il aurait du s’apercevoir qu’il ne l’avait pas, mais les petits cigares prouvaient apparemment le contraire. De la fumée à l’état solide dans une main, une cirrhose à l’état liquide dans l’autre, il regagne la cuisine, cognant du pied la chaise. Il remarqua alors qu’il lui semblait avoir fermé la bouteille, pourtant celle-ci était encore ouverte. Il la referma, posa le verre à coté, et fouilla l’intérieur d’un meuble pour y retrouver un cendrier qu’il avait vu quelques jours plus tôt. Il rapporta ce dernier au bureau, continuant de fumer. Maugréant contre son portable, refouillant ses poches, la fumée épuisant ses yeux qui plissaient à chaque bouffé, il redémarra son ordinateur, et repartit avaler un coup d’alcool. Manquant de renverser le récipient, situé près du bord, il le remplit et le vida d’une traite. Le reposant avec soin vers le centre de la table, et rebouchant la bouteille, il retourna à son bureau, revérifia ses sauvegardes en vain, et s’en alla à nouveau boire. Mais à peine arrivé à la cuisine il vit que le bouchon sur la table, et le verre à une des extrémités. Demandant si quelqu’un était présent et n’ayant aucune réponse, il but, reboucha la bouteille, et replaça le verre en sécurité. Puis une idée lui vient. Il sortit son téléphone portable et prit une photographie de la pièce. Il l’observa ensuite et vit le niveau d’alcool et se dit qu’il devait probablement être confus par ce dernier. Mais par précaution, et vue l’heure qu’il était, il alla fermer à clé la lourde porte de bois de l’entrée, que personne n’aurait pu ouvrir de force. A son retour il posa sur la table les clés et vit la bouteille débouchée, et le verre posé au bord. Il regarda le cliché pris par son téléphone, elle ne concordait pas. C’est une chose de se savoir fou, c’en est une autre de savoir que l’on ne l’est pas.

malk zern
©2009 ~malkzern
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Nouvelle écrite dans le but d’être publiée dans un recueil. Mais j’avais trop de choses à faire à ce moment, et pas assez d’inspiration. Lorsque j’ai pu écrire enfin il était trop tard et je ne pouvais pas la dé;poser. Le thème du recueil était l’é;pouvante, pour simplifier, et je n’avais encore pas écrit quelque chose dans ce genre. Ceci est donc mon premier texte dans le registre et j’espère que vous l’apprécierez.

la suite de l'histoire est aussi présente sur ce site ici : [link]

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September 16
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