suite du texte présent ici : http://malkzern.deviantart.com/art/Les-Ombres-de-l-homme-137227419
Lhomme observe la pièce dans laquelle il est rentré. Il savance au centre et trouve des papiers de journaux. Ceux-ci étaient anciens, presque aussi vieux que la maison. Sur lun deux il y avait un cliché dépoque, montrant le lycée où devait aller les jeunes qui vivaient avec le juge. Dailleurs on avait limpression que limage avait été immortalisée depuis la bâtisse. Il va jusquà la fenêtre dont les volets étaient ouverts, et regarde dans la direction du bâtiment scolaire. Non seulement la photographie avait été prise de la demeure, mais de cette même chambre. Au loin sesquissait un cimetière qui pouvait être vu de létage de la villa. Les arbres de la forêt semblaient laisser volontairement une vue parfaite de lendroit et là où existait il y a des années un lieu détude, se trouvait à présent des rangées de tombes avec une immense construction au milieu, tel un monument aux morts. Lhomme compare la vue quil a de la fenêtre à la photographie afin de vérifier sa pensée. Il comprend quil a raison, larticle quillustrait limage parlant dun drame qui sétait produit. Il regarde une nouvelle fois par la vitre, et fut frappé par la disposition des branches des arbres, qui semblait être identique à celle du cliché. Il revient vers le centre de la pièce et, par un accès de curiosité, a envie de connaître la date de la tragédie.
Il saperçoit alors que larticle a changé. Le papier semble plus ancien, et lhistoire à laquelle il faisait allusion le fit frissonner comme jamais. On lui avait dit que le juge Carpenter avait été un magistrat ferme, parfois violent en ses propos, mais quelquun qui aimait son travail. Hormis son geste daménager sa demeure pour des résidents lycéens, ses jugements étaient sa vie. Son essence même. Il jugeait tout et tout le monde. On ne lui avait pas dit que ce dernier avait été impliqué lors dune enquête sur une tuerie ayant eu lieu dans une forêt. Un massacre païen à lépoque, un acte de barbarisme sur fond de religion à présent. La totalité des tués étaient des criminels qui avaient été condamnés par le propriétaire de la demeure. Au vue des dates, lhomme en conclut que peu après le juge se retira de la ville et entreprit la construction de la maison, au dire de ce quon lui avait dit.
Troublé par toutes ces révélations, il laisse tomber le morceau de papier et retourne sur le palier. Alors que le vent sengouffre dans la maison avec le plus grand bruit possible, lhomme entend un grincement de porte. Au bout dun couloir lune delle vient de se souvrir. Il sapproche lentement de la pièce, sur ses gardes, et rentre dedans. Sur le lit un amas de photographies, nouvelles comparées à celle vue sur lordinateur, mais complétant ces dernières. Il savance doucement, chacun de ses pas faisant crisser le parquet. Une montagne de souvenirs en vrac, pensées lointaines damis perdus de vue, de cousins éloignés, dex-copines larguées voir trompées. Des images de tournées de bar, des festivals de sa jeunesse où il campait la nuit. Des clichés de son travail, des collègues côtoyés dont certains auxquels il avait volé la promotion et autres personnes rencontrées, croisées sans quil puisse dire où et quand. Il se souvient de chaque nom, il les a lus il y a peu. Et au fur et à mesure quil creuse au sein de la montagne, il met à jour le cadavre dun chat. Il déteste ces animaux depuis quil en a écrasé un.
Il sort alors furieux et retourne sur le palier. Il hurle : « Qui est là ? Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? » Soudain des murmures se font entendre de toutes les directions, et les portes souvrent et referment dun coup. Surpris il glisse sur le tapis et chute à la renverse dans lescalier. Il est arrêté par le mur du palier intermédiaire, le choc faisant tomber un des cadres placés là. Lhomme est inconscient.
Lhomme fouilla la maison, les pièces qui lui étaient accessibles du moins. Terminant son mini-suicide quil écrasa du talon, il vérifia les portes du rez-de-chaussée, tout était verrouiller. Il tourna en rond dans le salon, regardant sous la table, se sentant observé, et ce par les photographies et tableaux placés ci et là. Il lui semblait devenir fou bien quil savait que ce nétait pas le cas. Il hurlait, râlait, cognait du pied ceux dune chaise, se faisait mal, et sadossait finalement contre le mur. Il commençait à perdre patience. Il tenta de se calmer, essaya, les yeux fermés, de se focaliser sur le silence mais un décompte temporel len empêcha. Les aiguilles dune horloge située dans sa chambre lapaisaient un peu, et en même temps celles-ci lénervaient. Il respira profondément. Il reparti à la lourde porte dentrée et vérifia quil lavait bien refermée. De retour à sa cuisine il se resservit un verre dalcool. Il regarda par la fenêtre, le crépuscule approchant, le soleil arrivant à la ligne dhorizon. Il sest dit quil valait mieux quil se couche tôt ce soir. Il replaça le récipient sur la table, le repoussa car il le trouvait proche du bord, et sourit de son acte. Il se leva, alla dans la chambre et sarrêta net lorsquil aperçut sa clé UBS posé sur lordinateur, comme si quelquun lui avait rendu. Il savança à son bureau et sassit sur la chaise. Après un instant de réflexion, il prit le dernier cigarillo afin de se mettre du cur à louvrage, et brancha sa clé. Sur la mémoire portative ne figurait que deux icones. Lune dun dossier rempli de photographie, lautre dun document texte, dont le titre était : « coupable ». Il louvrit et lu. Une liste de noms le constituait, un répertoire de gens quil avait connus et qui lui revenaient vaguement petit à petit à lesprit et certains quil connaissait encore. Il eut limpression quil y avait là un annuaire de lessentiel des relations de sa vie, ou du moins les personnes avec qui il sétait passé quelque chose comme une brouille, une séparation, une trahison, ou autre. Qui pouvait connaître tout cela ? Il fumait nerveusement son concentré de cancer et lisait. Puis il ouvrit le dossier de photographies, qui comprenait des lieux importants de sa vie : une école, un collège, une maison, un parc, un appartement
Mais aussi des images de sa famille, des membres proches, dont les noms faisaient partie de la liste. Tapotant pour enlever les restes brulés, il posa son cigarillo dans le cendrier. Les seuls bruits possibles dentendre étant la combustion des feuilles de tabac et les aiguilles de la pendule.
Sur le palier intermédiaire des escaliers, lhomme est allongé, toujours inconscient. Les noms et les photographies associées tournent dans sa tête, certains ayant une rémanence plus forte que dautres. Celle de sa famille en particulier. Il se souvient de létat de la voiture, le thème principal du fond décran. Il na pas vécu la scène il la juste imaginé et ressassé en son esprit tellement de fois
Mais à présent, alors quil a perdu connaissance, cela semble si réel
Si réel quil en ressent la peur de mourir. Ce coup ci il vit ce moment. A linstant clé, il se réveille en hurlant, la douleur se faisant sentir. Il crache de sang et gémit.
Toujours à terre, reprenant son souffle il ferme les yeux, pensant fortement, espérant, que cette soirée nest quun cauchemar. Tout ceci le fatigue, le vieillit prématurément. Il tourne sa tête vers le mur et les rouvre. La vue qui soffre alors à lui est un portrait si réaliste quil ne se relève quà moitié et sen va se coller contre les marches. Le tableau, très certainement dépoque, représente le visage du juge, qui semble observer lhomme. Son regard lépie. Ils restent là pendant un court instant, se fixant lun lautre. A un moment une chose froide vient en contact avec son dos. Il se redresse sur ses pieds et saperçoit que leau, coulant de létage, a dévalée les échelons de lescalier une à une jusquà ce quelle le touche. Portant sa main non blessée à sa tête il remet sa chevelure en place. Mais la texture est poisseuse, humide. Il regarde sa main et est surpris dy trouver une touffe de cheveux, principalement blancs. Il laisse tomber cette dernière et voit du sang. Il sest fait mal en chutant.
Un coup de tonnerre sabat alors et les portes de létage recommencent à claquer. Langoisse le reprend et lhomme redescend au rez-de-chaussée. Il se dirige au salon et sarrête au moment dy pénétrer. Les chaises sont tirées de dessous la table, toutes tournées vers lentrée par laquelle il arrive. Respirant profondément il observe la salle vide, y rentre lentement. Les chuchotements se font à nouveau entendre et la peur augmente dun cran, ce qui le plaque contre le mur. Des invités invisibles semblent avoir pris position au sein de la pièce principale et tandis quil contourne la tablée des entités, ceux-ci le suivent du regard, les sièges pivotant en direction de lêtre vivant. Celui-ci se penche doucement, tend son bras voulant toucher ces inexistantes personnes, ne sentant du bout de ses doigts que du froid, puis le dossier du fauteuil. Pendant quil observe le salon en avalant sa salive, il saperçoit dans le miroir. Sarrêtant net, ses yeux sécarquillent car il lui semble avoir pris de dix à quinze ans. Il distingue quelques cheveux de sa couleur dorigine parmi la blancheur de sa tignasse. Il porte à nouveau sa main dedans, et lenlevant, senlève en même temps une poignée de sa chevelure. Il détourne le regard de son visage ridé et reprend sa marche autour de la table. Mais soudain des bruits de coup sur cette dernière leffraie et il se place une nouvelle fois dos contre le mur, et celui-ci semble se dérober, souvrir sous son poids.
Lhomme sest appuyé en réalité à une porte, autrefois fermé. On ne lui avait jamais expliqué ce quétait cette pièce. Allongé sur le sol il voit au travers de large baie vitré la lune et sa lumière. Cela le surprend car de dehors, les fenêtres étaient tellement sales quil navait pu, lorsquil avait fait le tour du propriétaire, voir ce quil y avait dans ce lieu, ayant saisi quil ne sagissait pas dune simple partie. Se relevant il comprend dorénavant sa fonction. Cest le bureau du juge. Cependant la disposition des meubles à lintérieur lui évoque une salle de tribunal, à ceci près que les murs sont rouges, hormis celui derrière la cour dassise, sans couleur. La porte, comme attirée par une force inconnue se referme en claquant coupant au même instant les sons en provenance du salon. Désormais plus aucun bruit ne parvient dans le cabinet. Il voit la pluie au dehors la maison, mais la sonorité du choc les gouttes deau est inexistante. Lui qui recherchait le silence est à présent troublé par ce dernier. Lhomme tente douvrir la seule issue en vain. Il observe lendroit afin de trouver quelque chose qui pourrait laider à sortir dici, puis il partirait chercher ses clés, quitterait la bâtisse, et prendrait sa voiture pour sen aller. Il aperçoit alors au dessus des assises une inscription écrite, gravée à même le bois. En langage moderne il est noté :
« Chaque Homme a ses Ombres
Chaque Ombre à son Jugement »
Lhomme, essayant de se surmonter sa peur sapproche du bureau, passe sur le coté, et rentre dans le box des accusés. Il se penche vers le cabinet du juge, perdant de vue la salle. Nayant rien trouvé il se relève et découvre une photographie de son ancienne voiture avant, un cigarillo debout, une bouteille dalcool remplie, et un cadavre de chat placés sur le meuble. Pris sur le coup dun accès de désespoir, lhomme sassoie. Les yeux rivés sur les trois objets et le corps sans vie, il détourne le regard en voyant quun fluide coule sur les murs en provenance du plafond. Après réflexion il réalise que la pièce dans laquelle il se trouve est située sous la fuite deau à létage. Mais lorsque le liquide touche le sol il voit que celui-ci se teinte de rouge. Se rappelant ce qui est arrivé au tapis, il met ça sur le compte de la cloison. Elle se décolore se dit-il. Ses yeux se reposent sur les preuves et il saperçoit que ces dernières saniment. La photographie devient un film montrant laccident qui couta la vie à sa petite amie de lépoque, alors que le cigarillo se consume de lui-même et que le niveau dans la bouteille dalcool descend par à-coups. Le cadavre du chat semble lui se remettre à vivre, son ventre se soulevant légèrement comme au rythme dune respiration et son sang se mettant à couler.
La peur revenant, il reprend ses esprits, se relève, soulève le lourd fauteuil du juge, quil laisse retomber sur le sol vu le poids de ce dernier, et se dirige vers la sortie le traînant. Pendant que le liquide teinté de rouge gagne ses pieds, il cogne contre la porte mais rien ny fait, il sépuise plus quil ne cause de dégât. Il remarque alors que ses mains ont aussi vieillies et que le fluide nest pas de leau, cest du sang. Observant les murs de la pièce, il en voit jaillir des lettres gravées haut dessus du bureau du juge, quil lui semble apercevoir derrière. Pris dun accès dangoisse, de peur, et de colère mélangée il utilise ses dernières forces pour jeter en hurlant le fauteuil contre la fenêtre qui éclate en morceaux. Il se jette au dehors de la maison et atterrit de face dans la boue due à la pluie qui tombe. Il lavait presque oublié cet orage, tant la pièce en laquelle il se trouvait était silencieuse.
Se relevant, il aperçoit au loin le cimetière quil avait vu de létage. De la baie vitrée le juge devait pouvoir apercevoir le lycée. Contournant en courant la bâtisse il cherche à atteindre sa voiture. Quimporte ses affaires et sil na pas les clés, il démarrera à laide des fils de contact se dit-il. Mais arrivé dans ce qui était il y a quelques jours encore un beau jardin, il senfonce à lintérieur de ce qui est désormais un marécage. Pris en la mort il tente de se débattre et plus il continue ainsi plus il se noie dans la terre vaseuse. Devant lui sa fuite
devant lui un écran marron
il na plus de force
il ferme les yeux
cest la fin.
La maison se dresse dans la forêt, avec son beau jardin devant. A lintérieur les parties sont fermées, les chaises du salon rangées sous la table, la baie vitrée du bureau du juge aux larges fenêtres qui nont pas une seule fissure, est juste sale et sombre. Les couleurs des murs sont vivaces, claires. Le mobilier de certaines chambres dhôtes, comme verni récemment, rayonne et, vide de tous accessoires, attend un utilisateur. Une pendule traine là, comme neuve. Un bruit se fait entendre : celle de la porte dentrée qui souvre. Lhorloge se met alors à lheure et les aiguilles, rompant le silence, recommencent le décompte.
malk zern














Comments
J'aime énormément ton style, la manière dont tu présentes tes personnages, tes métaphores... Le fait que ce soit "l'homme" et personne d'autre rajoute un côté assez impersonnel, comme s'il devait éternellement subir, être la victime sans jamais pouvoir contrôler les choses.
Il y a un petit côté Maupassant et Poe dans ce récit c'est vraiment exceptionnel!
--
"Toutes les âmes n'ont pas une égale aptitude au bonheur comme toutes les terres ne portent pas également des moissons"
Chateaubriand
(\--/)
(^.^)
(")_(")
et merci pour avoir mis la nouvelle en favori
malk
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"Toutes les âmes n'ont pas une égale aptitude au bonheur comme toutes les terres ne portent pas également des moissons"
Chateaubriand
(\--/)
(^.^)
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